Christophe Potter et Louis XVI

Couverture française du livre "C. Potter le potier révolutionnaire..." Avec un plat en faïence fine de Montereau, imprimé en bleu au chiffre de Louis XVI. Attribuable à la Manufacture Potter, avant 1793. . Collection particulière, photo P. Valfré

Christophe Potter et les cheveux de Louis XVI

Qui était donc cet homme ayant eu l’audace, au péril de sa vie, de racheter les cheveux de Louis XVI peu après son exécution, le 21 janvier 1793, à 10h 24’ du matin ?

 

En faisant une recherche aux archives pour la préparation d’un livre sur la céramique ancienne, intitulé : « C. Potter, le potier révolutionnaire et ses manufactures de Paris, Chantilly, Montereau… », j’ai eu la chance de découvrir des informations historiques particulièrement intéressantes, voire même  Révolutionnaires ...

 

Dernières recherches et nouvelles découvertes :

Copyright: Patrice Valfré, 2012

 

Le 21 janvier 1793, Christophe Potter est venu assister, au sein d’une foule importante, à l’exécution du roi Louis XVI sur la Place de la Révolution (actuelle place de la Concorde). A cette occasion, il va faire preuve d’une audace sans pareil : il va parvenir à duper le groupe de sans-culottes présents autour de la guillotine et le bourreau Samson. En  proposant  un Louis d’or, il réussit à  racheter les cheveux du roi, accompagné d’un mouchoir maculé du sang royal. Poursuivit par des agents de la police secrète, il va parvenir à se fondre dans la foule et à disparaître.

Dès que possible, il transféra ses précieuses et compromettantes reliques en lieu sur, en Angleterre, chez son frère George Potter, un importants grossistes en mercerie de Londres. Par la suite ce dernier fit parvenir au roi George III, une bague contenant quelques cheveux de notre défunt monarque français.

(A titre anecdotique signalons que le 13 février 1793, après l’exécution de Louis XVI, le bourreau Sanson demande un droit de réponse au journal patriotique  Le Thermomètre du jour afin de rétablir la vérité. En effet, ce dernier avait accusé le roi de lâcheté au moment de monter sur l'échafaud. Cette lettre manuscrite de Samson dans laquelle, il atteste de la dignité du monarque dans ses derniers instant de vie, a été adjugée 120 000 euros en 2006, lors d’une vente aux enchères chez Christie's.)

Potter, le dernier défenseur de la famille royale

Mais qu'est-ce qui aurait pu pousser Potter à risquer sa vie pour une simple poignée de cheveux, certes attachés par un royal ruban ? Etait-il un illuminé ? Agissait-il par appât du gain ou bien était-il simplement guidé par un amour inconsidéré pour la royauté française ?

Potter était un fervent royaliste et il le resta toute sa vie. Outre la direction de ses manufactures de céramique, il était un proche de la famille royale et à  ce titre, il a eu en charge l'administration d’une compagnie de cochers d’élite, véritable garde rapprochée au service de Louis XVI, Marie-Antoinette et de leurs enfants.

Mais le 10 aout 1792, après la prise du palais des Tuileries, l’arrestation du roi et de sa famille, mettra de facto un terme définitif à cette entreprise.

 

 Le jeune dauphin, Louis XVII

Arborant son déguisement de chevalier. Celui-ci lui avait été offert, semble t-il, en début d'année 1791 ou peut-être en 1792.

L'oeuvre originale est  attribuable à Guy le Gentil, comte de Paroy et elle a été réalisée à la demande de la reine Marie-Antoinette. Le jeune dauphin casqué deviendra par la suite l'icone des défenseurs de la famille royale.

Royaliste de cœur, nous l'avons déjà évoqué, rien ne saurait détourner Potter de son chemin. En effet, ce dernier va mettre en œuvre ses manufactures et ses créations céramiques pour défendre la cause de la famille royale et témoigner ainsi son attachement indéfectible envers, Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants.

Même après leur fin tragique, en 1793, et 1795 pour le Dauphin, il continuera à perpétuer le souvenir et à faire flotter l’étendard de la royauté. Est-il besoin de souligner qu'il fallait un certain courage pour agir de la sorte en pleine période révolutionnaire!!!

Ami de Bailly, du Duc d’Orléans, de Barras,de Madame Tallien, il se servit de son incomparable réseau de relation pour remplir certaines missions diplomatiques très  secrètes.

A titre d’exemple, en 1796-1797, Barras le charge d’une négociation des plus délicates auprès de l’Angleterre. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il ne s’agit, ni plus ni moins, que d’une proposition de rétablissement de la monarchie française, en échange d’une très forte somme d’argent. Cela parut tellement rocambolesque au ministre anglais, Lord Malmesbury, qu’il ne prit pas la proposition au sérieux. Malgré deux rencontres, une en France et une autre en Angleterre, les choses en restèrent là.

 

Plus tard, préalablement à la signature de la paix d’Amiens, Bonaparte est venu  rencontrer Potter à Chantilly, lors d’une chasse à courre. C’est plus précisément en 1801, que le premier consul, âgé de 32 ans seulement, vient le consulter. Certains indices nous incitent à penser que les deux hommes s’étaient déjà rencontrés en 1800.

 

Quatrième de couverture du livre "C. Potter le potier révolutionnaire...":  Image de la théière où se trouve immortalisé, la rencontre de 1801, entre Bonaparte, Christophe Potter et son fils.

Porcelaine dure attribuable à la manufacture de Chantilly, vers 1802. (Cf. pages 146,165 et 4e de couverture du livre C. Potter le Potier révolutionnaire...) 

 Potter serait-il notre Wedgwood français ?

Potter une fois installé en France, décide de se lancer dans la fabrication de céramiques dès 1789-1790,  avec l’ambition de rétablir sa fortune. Il y réussira avec brio mais son succès est demeuré occulte, tant notre personnage a cultivé le goût du secret.

Toujours à la pointe du progrès, Potter dépose plusieurs brevets, dont celui du décor imprimé sur faïence et porcelaine, demandé en 1789 et obtenu seulement treize ans plus tard, en 1802.

A ce sujet, une information inédite: sa demande de brevet d'invention pour imprimer sur céramique, attendue depuis 11 ans, lui est accordé par un canal totalement inhabituel. En effet, c'est un Arrêt des Consuls délivré en novembre 1800. Puis un second Arrêt, confirme cette décision, en début d’année 1801. L'ombre de Bonaparte est bien présente.Dès lors, son ministre Chaptal n’aura plus qu’à obtempérer et à  valider définitivement, en fin d’année suivante et dans un délai record, ce fameux brevet d’invention et d’importation.

C'est très certainement en échange de  services rendus à Bonaparte, que la famille Potter a été "protégée" durant toute la période du Consulat et de l’Empire, comme l'atteste son fils cadet dans une de ses lettres.

Jusqu’à présent, les spécialistes et experts pensaient ce brevet inexploité mais le fruit de nos recherches nous a appris le contraire. En effet, Potter démarre une production de décor imprimé sur faïence fine et porcelaine, dès 1789. Outre celles portant la devise SOUTIEN-UNION-FORCE, la pièce certainement la plus emblématique de cette production, est le plat en faïence de Montereau imprimé en bleu, sous couverte, avec le chiffre de Louis XVI et la couronne royale de France. Bien qu'abimé, ce plat rarissime est un document émouvant: il s'agit de l'unique pièce connue d'un service fait pour le roi. Ce plat se trouve illustrée sur la couverture de notre livre.

C'est seulement aux environs de 1808, lorsque son fils décide de vendre le brevet, qu'il décide de faire apparaitre sur quelques rares faïences fines de Montereau, le marquage "Par Brevet d'Invention" afin de prouver aux yeux des intéressés que cette production est bien la sienne. C'est ce marquage qui m'a permis de l'identifier, sans cette minuscule indication, Potter serait probablement resté dans l'ombre pour toujours.

 

Découverte d’un nouveau média sur la période Révolutionnaire :

 

Ces quatre années de recherche m’ont permis de mettre en lumière une production précoce de décor imprimé sur faïence fine, entre 1789 et 1799, comme nous venons de l'évoquer.

Ces créations méritent, me semble-t-il, toute notre attention car il s’agit là, d’un nouveau média sur la période Révolutionnaire, demeuré jusqu’à ce jour totalement ignoré. En effet, ces estampes appliquées sur céramique sont le reflet des perceptions et des goûts du directeur artistique, qui n’est autre que Potter en personne. Son origine étrangère et ses relations au plus haut niveau de l’état, lui permettent d’avoir à la fois le recul et une vision d’ensemble sur les événements. De plus, il se trouve être à la fois spectateur et acteur de cette période plus que troublées.

Ces gravures vitrifiées, âgées parfois de plus de deux siècles, sont un précieux témoignage, non seulement de sa vision artistique et commerciale mais aussi d’une page des plus fascinantes de l’histoire de France : la Révolution.

Louis XVII, "en sainteté".

Décor imprimé sur une assiette en faïence fine de Montereau; attribuable à la manufacture Potter entre 1795 et 1808. Collection du Musée Carnavalet, Paris. Photo Patrice Valfré

 Potter sera un des leaders de la céramique française et l'on pourrait lui délivrer le titre honorifique de  « Wedgwood français », tant il a apporté d’innovations à ce secteur d’activité. A Paris tout d’abord, puis à Chantilly et par la suite à Montereau, à Forges-Les-Eaux, à Gournay-en-Bray et sur d’autres sites encore ignorés.

Dans un premier temps, c’est dans sa manufacture, dite du Prince de Galles, rue de Crussol, où il produit des porcelaines parmi les plus belles qui n’aient jamais été réalisées, mais malheureusement le plus souvent, non signées. C’est son chef d'atelier et repreneur, dénommé Etienne Blancheron, qui fera apparaître clairement, le nom de Potter sur ces porcelaines pleines de vie et de couleur, afin de s’en servir de faire valoir publicitaire.

Pour atteindre ses objectifs qualitatifs, Potter n’hésite pas à recruter les meilleurs artistes européens du moment. Ainsi, il met à la tête de l’atelier de la rue de Crussol, puis celui de Chantilly, rachetée en 1792, Ferdinand Muller, l’ex-fondateur de la manufacture Suisse, de Nyon. Il recrute également quelques peintres talentueux et de savants experts. Citons, à titre d’exemple, les peintres allemands Zwinger, Danhauser et Choutcard et des français, les frères Adam et Darte mais aussi des transfuges de la manufacture de Sèvres tel que, le peintre, Michel Jossé Leriche, le chef des pâtes, un certain Philippine, ainsi que le fameux chimiste, Gass. N’oublions pas dans cette liste de brillants partenaires, ses concitoyens anglais nommés Bagnall, Wood, Hunt et bien sur ses deux fils, Thomas et George Charles Potter.

Quant à Montereau, Potter a possèdé, non pas une seule manufacture en ce lieu mais trois : une première dans le quartier de Saint-Nicolas, puis celle du couventdes Récollets et enfin la dernière, dans le village mitoyen de Cannes-Ecluse.

 

Potter Franc-maçon ?

Voici pour la partie active du chef d’entreprise en céramique ; cela pourrait s’arrêter là, tellement il lui a fallu déployer d’énergie pour parvenir à ces résultats. Mais Potter est une force de la nature, un hyperactif, doublé d’une intelligence supérieure, associé à une personnalité des plus agréable. Outre ses talents créatifs, ce personnage secret et hors norme possède des aptitudes particulières de diplomate lui conférant une place particulière au cœur des échanges franco-britanniques durant la période Révolutionnaire.

La facilité et l’aisance de Potter à rencontrer et à côtoyer les grands personnages du royaume a de quoi surprendre. La possibilité qu’il ait été franc-maçon expliquerait bien des choses. Parmi ses amis francs-maçons les plus célèbres citons : le prince de Galles, futur roi d’Angleterre, le duc d’Orléans, le maire de Paris, Bailly et même Louis XVI et ses frères.

Si Napoléon ne fut pas membre d’une loge, par contre les plus grands dignitaires de l’Empire en faisaient partie, comme le prince Joachim Murat, l’archichancelier Cambacérès, les deux frères de Napoléon, Jérôme et Joseph ainsi que Joséphine de Beauharnais et ses deux enfants.

Pour de plus amples informations voir les pages 43 et suivantes.

                                               --------------------------------------------

 

Plus de doute, nous avons à faire à une personnalité hors du commun et si vous le voulez bien, nous vous invitons à redécouvrir au fil des pages de ce livre, les multiples facettes de  ce personnage historique exceptionnel et ses merveilleuses productions céramiques :

 « C. Potter, le potier révolutionnaire et ses manufactures de Paris, Chantilly, Montereau… »

Pour nous contacter:

ceramiquementvotre@hotmail.fr

 

 

 

Statuette en biscuit représentant très probablement Louis XVII. Porcelaine attribuable à la manufacture Potter, Chantilly ou Gournay en Bray, période 1793-1805.

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...

Patrick VERRO | Réponse 30.03.2016 21.14

Enregistré

Michael Meijering | Réponse 17.04.2015 14.26

Dear Patrice, Could you please contact me privately (I can't find your email) regarding a new publication.

Thank you in advance,

Michael Meijering

Patrick Verro 30.03.2016 21.17

adresse e-mail enregistré en même temps que mon nom...(je ne souhaite pas la publier en clair). Merci

Patrick Verro | Réponse 25.09.2014 23.09

Félicitations pour cet article;
Il existait à Chantilly un équipage "Comte de Poter" qui chassait à courre (années 1800), s'agissait-il du même personnage ?

Lucas | Réponse 11.02.2013 15.27

What a wonderfull and usefull site; many thanks. Lucas

Patrice Valfré 26.09.2014 09.55

Merci pour votre intérêt. Oui, il s'agit bien de la même personne. C'est d'ailleurs lors d'une de ces chasses que Potter rencontra Bonaparte à Chantilly.

Voir tous les commentaires

Commentaires

30.03 | 21:17

adresse e-mail enregistré en même temps que mon nom...(je ne souhaite pas la publier en clair). Merci

...
30.03 | 21:14

Enregistré

...
24.01 | 12:21

Bonjour, Merci pour votre intérêt Oui, nous avons reçu un petit lot de livres . Pour une commande Merci de nous contacter à: ceramiquementvotre@hotmail.fr

...
23.01 | 16:04

Bonjour !
Je suis très intéressé par le livre "Yixing Teapots For Europe", est-il possible de se le procurer quelque part ?
Merci beaucoup !

...
Vous aimez cette page